Nos richesses

Portrait de Adminloc

Notre avis :

Un autre livre sur l’Algérie, sur les « ruines » de la présence des français, sur la violence du mariage et du divorce de ces deux pays, sur la communauté de pensée des intellectuels algériens et français qui ne résistera pas toujours au grand bouleversement.
La porte d’entrée est cette fois celle d’une librairie. Celle que l’éditeur Edmond Charlot avait fondée dans un minuscule local situé au  2 bis de la rue Charras (aujourd’hui rue Hamami). Son nom, Les Vraies Richesses , elle le doit au récit de Giono invitant à revenir aux vraies richesses, c’est-à-dire la terre et la littérature.  
Le journal imaginaire d’Edmond Charlot, remarquablement documenté, raconte de façon fragmentaire, à la manière justement d’un journal intime, l’histoire de la librairie et des personnes qui gravitent autour d’elle, depuis le 12 juin 1935, date à laquelle Charlot prend la décision de monter sa maison d’édition et sa librairie, jusqu‘au saccage de cette dernière le 19 septembre 1961.
Alternant avec les pages du « journal », le récit de Ryad est contemporain. Jeune étudiant originaire de Constantine mais faisant ses études à Paris, Ryad est chargé, pour valider une semaine de stage, de vider ce qui reste de la librairie afin de permettre quelle soit transformée en boutique de beignets « de toutes sortes ». Mais le quartier s’est ligué pour entraver cette entreprise, la librairie de Charlot, transformée en petite bibliothèque de proximité, fait figure d’institution pour ceux qui l’ont toujours vue dans le paysage.

Un voyage dans le quotidien d’un éditeur éclairé et dans la littérature de la Méditerranée où passent les silhouettes de Camus, Giono, Jules Roy, Mohamed Dib, Roblès, Amrouche, Sénac, Mimouni… Voyage que l’auteure nous invite à poursuivre dans son excipit : « Vous irez aux Vraies Richesses, n’est-ce pas? {…} Vous grimperez les rues, pousserez les lourdes portes en bois, imaginerez ces hommes et ces femmes qui ont tenté de construire ou de détruire cette terre. »

Quelques scènes nous transportent, comme cette rencontre, dans un bar, avec Youssef, l’aveugle qui reconnaît les livres au toucher et à l’odorat avant de les citer : « Youssef caresse le livre le retourne dans tous les sens, le hume et murmure : En août, dans mon pays, un peu avant le soir, une plaisante chaleur embrase les champs. »

Nos Richesses, Kaouther Adimi, Le Seuil 2017, 224 pages

L'Ecritoire
 

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